La friction dans un monde agentique
Réintroduire de la friction n’est pas un bug. C’est un choix politique.
Un choix coûteux : ça ralentit, ça complique. Rarement fait – sauf quand on comprend que le coût de la friction est inférieur au coût de la fragilité.
Quelques propositions
1) Préserver des zones non automatisées : Pas par nostalgie, mais pour l’hygiène cognitive. Des espaces où l’on continue à faire les choses soi-même, à se tromper, à comprendre pourquoi ça casse. L’enjeu est un choix de compétence, pas un retard technologique.
2) Organiser des exercices d’incendie cognitifs : Régulièrement, débrancher l’agent et rejouer à la main. Vérifier qu’on sait encore faire. C’est fastidieux, c’est lent, mais c’est précisément pour ça que c’est utile.
3) Établir un droit à l’incompréhension : Non pas un droit à tout comprendre, c’est impossible. Mais un droit à exiger une justification avant d’approuver. “L’agent dit que…” ne peut pas être un argument suffisant.
4) Évaluer les agents sur la recoverabilité, pas sur les résultats : Un bon outil est un outil qu’on peut débrancher. Si l’agent tombe demain, combien de temps avant que le collectif soit opérationnel ? Si la réponse est “plusieurs semaines”, il y a un problème de conception.
5) Documenter les arbitrages, pas seulement les résultats : Quand on configure un agent, on fait des choix. Ces choix doivent être traçables, explicites, contestables, et non enfouis dans un prompt que personne ne relit.
Le ralentissement pourrait être le prix à payer
Ces mesures ralentissent. Elles exigent du temps improductif, c’est-à-dire du temps politique. C’est précisément pour ça qu’elles ne seront pas prises par défaut.
La friction n’est pas un obstacle à l’efficacité. C’est le prix de la résilience.