La servitude par l'ergonomie
Etienne de La Boetie posait une question simple : pourquoi les gens obeissent-ils a des tyrans qu’ils pourraient renverser ? Sa reponse : la servitude est volontaire. Le sujet choisit de servir. Il peut donc s’eveiller.
Cette analyse suppose un tyran visible, une domination incarnee, un consentement actif.
Ce que l’IA rend possible est different
Imaginez une servitude sans ideologie. Pas de mythe auquel croire. Pas de chef a craindre. Juste un systeme qui fonctionne, la plupart du temps, mieux que ce que vous feriez vous-meme.
Le pouvoir n’a plus besoin que vous disiez oui. Il suffit que vous ne disiez pas non.
Pourquoi passer une heure a comprendre ce que l’agent a fait en trois secondes ? Pourquoi verifier ce qui marche ? Pourquoi apprendre ce que vous n’aurez jamais a faire vous-meme ?
Ne pas comprendre devient rationnel. L’ignorance n’est plus une faute – c’est une optimisation.
On ne renonce pas. On vibe
Le mode “YOLO” de Claude Code en est l’esquisse. On laisse la machine faire, on approuve sans lire, on fait confiance par defaut. Non par soumission, mais par confort. C’est plus rapide. Et ca marche, jusqu’au jour ou ca ne marche plus. Et ce jour-la, on n’a plus la prise pour diagnostiquer.
L’erreur formatrice disparait. Si la machine reussit du premier coup, on n’apprend pas pourquoi. L’erreur, c’est ce qui revele le reel, ce qui resiste, ce qui coince. Sans avoir jamais casse un pipeline, on ne sait pas pourquoi il tient.
L’anesthesie remplace la souffrance
Pourtant, la souffrance au travail est un signal politique. Elle genere du conflit, donc de la parole, donc de la negociation. Un collectif qui ne souffre plus mais ne comprend plus non plus est incapable de se defendre. Il n’a plus de raison de se plaindre et n’a plus les mots pour le faire.
Le desapprentissage est invisible. Ce n’est pas “on ne sait plus faire X”. C’est “on ne sait plus apprendre X quand le contexte change.”
La perte est dans les meta-competences : diagnostiquer, bricoler, sentir que quelque chose cloche. Ca passe inapercu – jusqu’au jour ou on en a besoin.
La servitude moderne n’a plus besoin de contrainte. Elle fonctionne par le confort. On ne choisit pas de se soumettre. On choisit de ne pas resister – ce qui finit par ne plus etre un choix.